Fermeture définitive de l'église Très-Saint-Sacrement

Une dernière messe a été célébrée

Dimanche 1er septembre, l'église du Très-Saint-Sacrement a été définitivement fermée au culte après une dernière messe présidée par Monseigneur Pelchat.

  • La presse a relaté l'événement le jour même (cliquez pour lire l'article).
  • Vous pouvez aussi visionner la vidéo de la dernière messe filmée par ecdq.tv ici.

Voici, ci-dessous, le texte de l'homélie de Mgr Pelchat.

 

 Homélie du 22e dimanche - Année C

1er septembre 2019 

 

Frères et sœurs,

La page d’Évangile de ce matin n’est pas simplement une leçon d’humilité : savoir prendre la dernière place, ne pas être orgueilleux. Il s’agit de bien plus que cela. La manière dont s’y prend Jésus pour parler des façons de se conduire à table nous parle en fait de la manière adoptée par Dieu pour nous rencontrer. Nous y voyons le Seigneur tel qu’il se manifeste en Jésus. Alors qu’il aurait eu le droit de « revendiquer le rang qui l’égalait à Dieu » (Philippiens 2, 6), Jésus a choisi de se mettre à la dernière place. « Il a tellement pris la dernière place que jamais personne ne pourra la lui enlever », disait le père spirituel (l’abbé Huvelin) de Charles de Foucauld. Dans le récit du lavement des pieds, nous voyons Dieu en tablier, Dieu lavant les pieds sales de l’humanité. Dieu se fait discret, caché, humble. Il se fait le dernier. Il est l’amour absolu qui se fait serviteur des pauvres que nous sommes. 

Notre Église traverse présentement un difficile passage. Réduits en nombre, avec nos petites assemblées diminuées, inquiets devant l’avenir, placés devant la nécessité de fermer un lieu de culte magnifique, nous nous demandons parfois si Dieu nous a désertés. C’est peut-être une grâce que nous ne soyons plus une Église triomphante, que nous ne formions plus des communautés chrétiennes trop satisfaites de nous-mêmes, cherchant la première place, la plus belle église, les plus hauts clochers, le plus imposant compte en banques. Toute autre est la vraie grandeur chrétienne: « Moi, dit Jésus, je suis au milieu de vous à la place de celui qui sert. » (Luc 22, 26). Dieu ne saurait faire autrement que de se donner totalement, en prenant la dernière place pour que l’autre personne face à lui ait toute la place. Folie pour les hommes, sagesse de Dieu ! Prendre la dernière place, c’est imiter Dieu.

Notre Église, de plus en plus, sera servante et pauvre. Cette place est vraiment sa place : être seulement comme le levain dans la pâte humaine pour favoriser chez nos frères et sœurs la rencontre avec Dieu, individuellement et en assemblée.

La communauté chrétienne de Saint-Sacrement, qui fait maintenant partie de la paroisse de la Bienheureuse Dina-Bélanger, accueille en ce dimanche, pour la dernière fois, les pasteurs, les collaborateurs et collaboratrices à la vie pastorale et les représentants de ceux et celles qui ont bâti cette communauté chrétienne, qui en ont fait une paroisse, et qui ont habité ce lieu de prière et d’adoration, ce sanctuaire de la Paix et tant d’autres rassemblements au cours de son histoire. Il faudra bien continuer à faire grandir le Royaume de Dieu dans ce quartier Saint-Sacrement et dans cette partie de la Ville de Québec, même avec de faibles moyens, dans l’humilité et dans une grande confiance en Dieu. Pour le moment, notre vision est brouillée par la tristesse.

Est-ce que nous avons envie de nous faire bousculer et déranger par Jésus. Est-ce que nous désirons cette dernière place dont il nous parle? Pas tellement, mais c’est ce qui est le mieux pour nous. Ce que Dieu veut nous apprendre par cette nouvelle épreuve n’est pas vraiment clair. Mais quand Dieu vient nous déranger, c’est pour nous appeler à avancer, à aller ailleurs, à servir autrement.

En fait, nous sommes les invités qui ne devraient pas être là, comme ceux que le maître fait inviter aux noces dans la parabole : les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles. Et Dieu a justement invité les pauvres, les aveugles, les estropiés, les boiteux que nous sommes. Cela nous renvoie à la parole que nous disons avant la communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ! » et nous avons commencé cette célébration en nous reconnaissant pécheurs.

Un chrétien sait qu’il ne vaut rien par lui-même et qu’il doit tout attendre de Dieu. Un chrétien sait que le seul chemin qui mène à Dieu est l’humilité et que nous sommes chargés d’enseigner l’humilité aux autres. La question se pose alors de savoir si nous sommes de tels chrétiens ? Le chemin qui mène à Dieu est celui de la crèche, celui de la croix, celui de l’humilité du Christ, de l’humilité d’un Dieu tout-puissant qui vient endosser la faiblesse de notre humanité. Aujourd’hui, la fermeture définitive de cette église au culte nous place dans cette situation d’impuissance, de pauvreté et d’humilité.

Nous rendons grâce à Dieu car il nous accueille, nous les pauvres et les aveugles que nous sommes, près de lui, dans la paix et la justice de son royaume. Peut-être sommes-nous appelés à construire autrement le Royaume de Dieu ici au Québec et dans notre Ville, à accueillir plus largement que nous ne le pensions des gens aussi imparfaits que nous et nous réjouir de cela. Nous aurons besoin de prier ensemble, de nous rassembler encore en d’autres lieux pour demander au Seigneur de nous donner une claire vision de ce que nous devons faire, de nous faire connaître son projet et de nous aider à discerner les chemins que nous devons prendre.

Pendant cette célébration, prions pour les générations de personnes qui ont bâti cette paroisse, cette église et cette communauté de prière et d’adoration. Au-delà du bâtiment que nous allons perdre, c’est cet esprit d’adoration et de louange qui doit subsister et se déployer ailleurs et autrement.

Rendons grâce à Dieu pour tous les bienfaits accordés aux hommes et aux femmes qui ont habité cette église jusqu’ici. Humblement demandons-lui de nous enseigner comment Il veut que nous le servions maintenant.

Photo ©Fond Daniel Abel